Herbe à détourne

Ça fait que j’ai bu de l’Herbe à Détourne.

On m’en avait parlé, mais j’hésitais. La dernière fois que j’ai bu une bière à haut taux d’alcool, j’étais jeune, fauché et je ne voulais que me saouler pour jouer de la musique avec les Tirebouchons. C’est d’ailleurs ce soir-là que j’ai ouvert le « bar » de mes parents. Mes parents n’ayant jamais étés de grands buveurs, l’alcool s’y retrouvant datait du temps où il y avait de la neige « haut d’même » et que les enfants devaient marcher trois milles pour aller à p’tite école.

À l’intérieur dudit bar passé date se trouvait une bouteille de vin. Certains pourraient se dire « Oh, du vino vieillit, ça devait être une belle petite perle », mais il n’en est rien. En se fiant à l’étiquette, on pouvait voir qu’il venait probablement d’une épicerie et qu’il avait coûté quelque chose comme 4,25$. La marque du vin? Du Si-si-si! Qu’est-ce que du Si-si-si? Quelque chose qui goûte ce que goûterait probablement le jus d’intestin d’un chat mort depuis trois jours en pleine canicule.

Sur cinq gars, seuls Toby et moi avons eu le courage de passer au travers. À notre défense, nous étions pauvres et ne pouvions concevoir de jouer de la musique sobre. Nous étions beaucoup trop cools pour ça.

Ça fait que j’ai bu de l’Herbe à Détourne.

Selon ce qu’on m’avait dit, cette bière avait pour caractéristique de rendre un peu fou. Je ne comprenais pas. J’en ai entamé une, je me suis assis sur le balcon, j’ai mis de la musique et j’ai laissé les choses aller.

Rendu à la dernière gorgée, j’me suis dit « Ah ben r’garde donc ça, j’suis chaud ». Chaud après une bière? Je ne manquais pourtant pas de sommeil. J’avais mangé. J’étais seul, personne n’a pu mettre de GHB pendant que j’étais aux toilettes.

Je vais en prendre une deuxième.

Rendu au quart, je suis définitivement sous l’emprise de la bière. Je suis chaud, mais pas comme je le suis normalement. Je suis différemment chaud. Je ne saurais dire en quoi c’était différent, mais je le savais, simplement.

Ceux qui me connaissent bien savent à quel point je peux avoir une grande gueule quand la fête s’empare de moi. Malheureusement, j’étais seul et l’envie de m’obstiner a fait surface.

Ça n’sent pas bon.

J’ouvre Facebook, je fais fi des belles photos, des statuts parlant de bébés et des citations profondes sur fonds de pittoresques paysages.

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C’est que tu ne peux tout simplement pas que cliquer, lire le premier commentaire et te dire « C’est assez pour moi, bonne nuit. ».

Nah…

Une fois que tu te mouilles le petit orteil, tu dois plonger. Et, je ne sais pas pour vous, mais je peux devenir un redoutable stalker quand je m’y mets.

Je lis quelque chose qui me fait chier, je clique sur le nom du chaudron en question, je regarde ses photos, je lis ses publications, je regarde ses mentions « J’aime », bref, je m’invite dans sa vie. Souvent, j’en viens à me dire que les parents de cette personne ô combien sensée sont sûrement frères et sœurs.

Surgit un petit moment de lucidité; « Nous sommes tous le con de quelqu’un. Arrête de le juger. »

Malheureusement, j’suis chaud et la lucidité mange une belle droite au menton, gracieuseté du jugement d’ivresse :

« Oui, mais lui, ça m’a l’air d’être le con de bien du monde! (…) Ah non, r’garde, il y en a un qui a aimé son selfie en chest dans le miroir. Ah qu’il a l’air con. Je dois en savoir plus! »

Ce jeu peut durer longtemps.

Ce soir-là, je me suis ramassé dans une petite ville du Nebraska pour voir le profil d’un gars qui disait que les femmes n’avaient leur place que dans la cuisine à faire des sandwichs, nues préférablement.

J’ai eu envie de lui écrire un message en privé, mais l’envie de pisser m’a pris. En me levant, ça tournait pas mal. J’ai seulement pris deux bières.

Ça fait qu’c’est ça, j’ai bu de l’Herbe à Détourne.

Kaluche

Kaluche est un homme. Il écrit et il boit, il boit et il écrit. Bref, Kaluche est un homme. Tout un!

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